SOCIETE CIVILE, PANACEE A L’ECHEC DES POLITIQUES DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT?
Par Guillaine DJOUOMOU
Depuis quelques décennies, on entend de plus en plus parler de la société civile. Du politique au sociologue en passant par les journalistes, tous n’ont de cesse de vanter le rôle prépondérant qu’elle doit ou devrait jouer dans le monde, particulièrement dans les pays en voie de développement ; en somme, la société civile est dans l’air du temps. On ne cesse de l’opposer, de la comparer à la « société politique ».
Le corollaire de cette situation est qu’on a assisté à la naissance et aux foisonnements d’ONG, d’associations de tous ordres à but non lucratif pour certains et lucratifs pour d’autres, de groupes d’influence et d’intérêt, d’associations citoyenne…. dont les seules motivations restent, semble t-il, la défense des intérêts communs. Bref on a assisté à un foisonnement tous azimuts de ce que d’aucuns ont appelé « la société civile ». Cette médiation du rôle de la société civile amène à s’interroger un tant soit peu sur les motivations d’un tel engouement notamment pour les pays en voie de développement. La société civile serait–elle le remède miracle à l’échec du politique en Afrique ? Vu que certains bailleurs de fonds internationaux et particulièrement l’UE à travers leur programme « quadrilogue » exigent que soient regroupés autour d’une même table ; les représentants de gouvernements et de parlements, les autorités locales et régionales et la société civile, on peut le penser. Mais la question qu’on est en droit de se poser est celle de savoir qu’est ce que la société civile?
La société civile est facilement opposée au domaine de l’étatique ou du politique, comme au marché. Le terme recouvre un « entre-les–deux », où s’exprimerait toute la vitalité de la vie sociale, basée sur la libre volonté des tous hors de tout rapport d’autorité ou d’intérêt privé. Un monde de la solidarité où se manifesteraient les demandes et évolutions d’une société tout en concrétisant une forme d’action pragmatique, efficace, plus morale que le marché, plus représentative des idéaux des gouvernements.
En fait, le retour de la société civile est historiquement lié aux mouvements de dissidents de l’Europe de l’Est dès la fin des années 70. Vaclav Havel dans son ouvrage « Le pouvoir des sans-pouvoir » exalte le réveil de la société civile : dans les sociétés post totalitaires nées de l’effondrement du communisme, il faudra, dit-il, que surgissent de nouvelles structures, des associations civiques et citoyennes qui favoriseront la transition démocratique. Dans un contexte de méfiance à l’égard de l’État et des grandes idéologies globalisantes, beaucoup d’Occidentaux placent de grands espoirs dans ces associations volontaires, vouées à la résolution de problèmes concrets, censées renforcer le lien social et, par la délibération dans l’espace public, concrétiser un engagement en faveur des valeurs acceptées ou souhaitées par tous.
On parle donc de plus en plus de société civile, par opposition aux Etats, aux gouvernements élus impuissants face au caractère global des problèmes et aux forces du marché.
L’idée est devenue de plus en plus populaire et on l’applique au développement du Sud pour favoriser la création des associations face à des Etats inefficaces, faibles et parfois corrompus, mais aussi des anciennes structures traditionnelles, ce qui semble une voie prometteuse pour rendre enfin efficace l’aide au développement.
Le débat sur la société civile est devenu aussi important et indissociable que les questions de genre et de droits de l’homme. Pour J.L. Quermonne, la société civile serait d’ailleurs, « l’ensemble des rapports interindividuels, des structures familiales, sociales, économiques, culturelles, religieuses, qui se déploient dans une société donnée, en dehors du cadre et de l’intervention de l’Etat ».
On serait donc tenter de prêter à la société civile toutes les vertus parce que :
- elle est un contre pouvoir qui contrôle les excès de l’Etat;
- elle est Diverse et représentative, contrairement souvent aux gouvernements et élus qui tendent à se recruter dans les mêmes milieux et à partager la même vision ;
- Elle permet l’émergence de nouvelles élites (particulièrement dans les pays en voie de développement) ;
- Elle surveille étroitement et dénonce les dérives autoritaires, les scandales, les risques écologiques ou autres ;
- Elle apaise le débat et incite les citoyens à participer à la vie publique, leur rendant confiance dans la démocratie.
Dans un continent caractérisée par les échecs successifs des gouvernements à sortir du sous développement, par des démocraties autoritaires et des monarchies constitutionnelles, la société civile reste apparemment la solution miracle, la panacée aux sempiternels discours des politiciens en Afrique : le chemin d’un développement équitable pour tous. La société civile étant aujourd’hui fortement associée à celle de « bonne » gouvernance, de citoyenneté.
Face à tout cela, il est donc question aujourd’hui de renforcer les pouvoirs de la société civile notamment Camerounaise afin de lui donner non seulement les outils nécessaires mais aussi la légitimité pour mener à bien ses actions et bénéficier des appuis nécessaires tant de la part des institutions Etatiques que des bailleurs de fonds. D’où l’intérêt du renforcement des capacités, des ateliers et colloques internationaux.
Finalement, Beaucoup ne voient que des avantages à l’émergence de la société civile, mais est–elle vraiment comme tout semble le laisser croire la solution au développement effectif de l’Afrique ?
|